guide de haute montagne

Le guide de haute montagne, à la fois…,formateur et accompagnant ?

Doucement le concept de « Faire ensemble » en ski de randonnée ou en alpinisme s’enrichit de nos réflexions de terrain. Il y a eu :

Et enfin, voici un nouveau texte sur la relation Guide/Client(s) qui explore la piste de l’accompagnement.


Le guide de haute montagne
et la posture d’accompagnement.

La figure du guide « celui qui va devant » a depuis longtemps nourrit notre imaginaire et nos représentations. Au point d’être utilisé comme métaphore en haut lieu et d’être profondément ancré auprès de nos compagnons de cordée ou de voyage en altitude. Au point d’avoir occulté une deuxième posture du guide, celle de l’enseignant, qui pourtant la précède, pour un enjeu sécuritaire et « simplement » vital pour le guide.

  • Qui fait le geste d’assurer le guide qui grimpe en tête ?
  • Qui est capable de secourir « son » guide emporté par une avalanche ?
  • Qu’aurait du faire le guide pour éviter l’accident terrible et traumatisant au Pigne ?

Pour l’égo, quelle image forte que ce guide « qui va devant », mais quelle fragilité dans la réalité !

Il est temps de valoriser et d’assumer la formation de ce guide qui doit transmettre sa connaissance pour rester en vie. Quelle que soit son appétence, sa disposition psychologique pour ce statut ou cette fonction.

Mais aujourd’hui, ce formateur malgré lui, doit se confronter à d’autres exigences, celle d’une formation auprès d’adulte, et d’une injonction sociale d’autonomisation individuelle qui devient de plus en plus le paradigme de ce 21 ème siècle. Cet enjeu qui dépasse largement le cœur technique du métier de guide représente à la fois le challenge que doivent aborder les acteurs de la formation initiale et une réponse quotidienne sur le terrain à une demande de nos clients, à la fois une demande du citoyen et de l’individu, même si ce besoin est loin d’être explicité, conscientisé ou même simplement exprimé.

Tenter de dresser le contour de cette fonction d’accompagnement dans le cadre de la pratique professionnelle du guide de haute montagne est l’objectif de ce texte. Mais, dans le cadre d’une pratique sportive, cet accompagnement est pensé comme une posture pédagogique du leader mais aussi comme un fonctionnement de l’ensemble du groupe, une posture de chaque individu, chaque membre du groupe. Ce parti pris d’une réflexion groupale éclaire et introduit la notion de projet et de « faire ensemble » abordé dans le cadre du questionnement sur les prises de décision en situations extrêmes. Où il est même question d’un groupe auto-apprenant.

Aujourd’hui, il existe une valorisation sociale, à « être les acteurs de nos vies », dans un processus très large d’individualisation. C’est une problématique sociale qui existe depuis les années 90/2000 et qui actuellement cohabite avec d’autres formes qui peuvent sembler paradoxale (voir par exemple les travaux de D. R. Kouabenan)

L’autonomie est devenu une injonction sociétale qui se vit également dans les pratiques sportives, c’est donc une compétence à acquérir pour le pratiquant. La notion d’accompagnement est apparue comme une ressource sociale transversale, par exemple dans la formation pour adulte, et les formateurs ont du changer leurs manières de faire, leur manière d’être, mais aussi de penser ce rapport à l’autre. Curieusement ce mot accompagnement vient de la vie ordinaire, par exemple de la cuisine, la musique ou l’éducation.


le jeu des épingles avec IphiGeNie
1ère journée d’un séjour d’initiation… Comment ça marche IphiGénie ?
Et trois ans plus tard, chacun à maintenant IphiGéNie sur son téléphone, c’est devenu une Meta règle du « Faire ensemble ».

Le guide de haute montagne et l’accompagnement.

Le guide de haute montagne a déjà endossé le costume du formateur (pour sa sécurité), il semble judicieux qu’il se transforme également en un accompagnant, dans le cadre d’un projet avec des adultes. Cet accompagnement dans le cadre d’une pratique professionnelle s’inscrit dans une exigence d’autonomie et de responsabilité de l’individu, dans une « temporalité obligée du projet » (Marcel Gauchet). Il se situe dans une philosophie de l’agir, avec des verbes d’action comme mobiliser, impliquer, inciter à agir, responsabiliser. C’est surtout un travail AVEC autrui (Isabelle Astier 2007) et il s’agit de passer d’une logique de « on fait à la place  de l’autre » (le guidage, la substitution), à « faire avec ».

Mais que fait-on quand on accompagne ?

Une pratique professionnelle d’accompagnant doit se réfléchir collectivement (par exemple dans les formations initiales ou les organisations professionnelles) pour doubler une posture d’expert-métier d’une posture d’accompagnant. Pour le guide de haute montagne, il s’agit d’une double transformation : être un formateur et devenir un accompagnant… « Pour ne pas faire à la place ».
Accompagner, c’est passer d’une logique de substitution de l’autre à une logique de prise en compte, de prise en considération de l’autre, avec un double objectif :

  • une production visant un résultat (une ascension, un raid etc)
  • une construction de l’individu, visant le développement des personnes accompagnées, dans le cadre d’un projet.

La relation guide/client, versus accompagnant/accompagné, change ainsi radicalement de nature et suppose du professionnel de se départir d’une position d’expert et de refuser d’être « celui qui sait pour l’autre ». Mais aussi d’accepter, d’être interpeller sur ses propres repères et valeurs, de confronter ses différences, de savoir « entrer » dans la logique de l’autre, d’être interrogé sur ses principes, ses certitudes, ses savoirs. Et, de douter !

Ce qui n’est pas, je vous l’accorde, une position confortable, ni même facile.

La parole, le dire, est alors au centre des compétences. 

Le groupe, en action dans un environnement complexe se vit dans des interrelations, de l’intersubjectivité, de l’interaction, de l’interpellation. Il est donc indispensable de l’envisager sous sa dimension groupale.

Le fondement de l’accompagnement est une posture anthropologique. Il s’agit d’accueillir (présence), d’être à proximité (l’attention à l’autre), d’être capable de descendre du piédestal (ouverture & confiance), avec de l’écoute et de la réciprocité pour au final, recueillir. Et de cette rencontre émerge une certaine parole.

« L’accompagnant n’est, au final, qu’un passeur qui construit son inutilité. »

La posture d’accompagnement consiste à une ouverture à l’autre (une exposition/une attention); à la fois dialogue et questionnement. Clairement de l’écoute, avec de la distanciation et de l’implication. Et, elle évolue au gré de la situation.
Il ne s’agit plus de diriger (de guider et de faire à la place de l’autre) mais d’accompagner une personne potentiellement capable d’autonomie dans les choix et les décisions le concernant. La posture du professionnel passe du statut d’expert à celui de facilitateur, impliqué dans la relation ( Karl Rogers).

Les fondements de l’accompagnement pourraient se penser comme « être avec et aller vers », avec cette citation de Bernard Honoré « de la mise en relation dépend la mise en chemin ».
Et il existe bien sur des étapes  pour « aller vers », comme la mise en mot de la situation par la personne elle-même, des interactions et des problématisations, et enfin une clarification , une explication.
Il s’agit de questionner pour produire du questionnement, dans le cadre de la construction d’une relation de confiance et de coopération, conjuguée à une visée d’autonomisation.

Et pour conclure, être accompagnant est aussi une posture réflexive personnelle.

  • Qu’est ce que je fais au juste quand je dis que j’accompagne ?
  • Quel regard je porte sur autrui ?
  • Quel type de relation, j’instaure avec l’autre ?

Il n’y a donc pas de posture éthique sans questionnement sur soi !(Eugène Enriquez)


Et bien sûr, toutes vos remarques et commentaires sont les bienvenues…
N’hésitez surtout pas !


Paulo Grobel, Avril 2020
Ce texte reprend très largement les travaux et conférences de Maéla Paul.

Maela PAUL

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