• ski de randonnée dans les Cerces

    Ski de montagne… Un nouveau départ ?

    Cet hiver 2016 marque une étape importante dans ma vie de guide de haute montagne.
    Jamais en ski de randonnée je n’avais été aussi loin dans ce «faire ensemble»
    que j’explore depuis un certain temps.

    En montant au Col de l'Aiguilette et au loin, notre itinéraire de retour, la Ponsonière.

    En montant au Col de l’Aiguilette et au loin, notre itinéraire de retour, la Ponsonière.

    Au jour le jour, l’exemple de ce raid «des Cerces au Mont Thabor», réalisé en Mars 2016, illustre ce nouveau point de départ.

    Samedi après-midi.
    L’accueil «chez le guide» au coeur d’un petit village de montagne est des plus agréable et facilitant. Au coin du feu et devant l’apéro, nous prenons le temps de bien expliquer les objectifs du séjour, pour échanger sur les attentes de chacun et préparer l’itinéraire et le matériel de la première journée.
    Le plus important est de valider une adhésion au projet global et à ce mode de fonctionnement particulier.

    La taille du groupe a été limité à 6 personnes pour permettre les échanges et la participation de chacun. Et tout le monde a sa propre carte au 25/000 et un petit crayon.

    Au col des Aiguilettes, Vero a ouvert la voie.

    Au col des Aiguilettes, Vero a ouvert la voie.

    Bénédicte et Ides… un peu plus haut.

    Bénédicte et Ides… un peu plus haut.

    Nico et son refuge… Une expérience marquante pour Sonia & moi !

    Nico et son refuge… Une expérience marquante pour Sonia & moi !

    Dimanche.
    Nous voici parti du Pont de l’Alpe pour rejoindre le refuge du Chardonnet. L’itinéraire est classique et certains le connaissent déjà et je vais proposer une petite modification pour inaugurer un passage plus agréable en évitant la crête actuellement un peu dénudée. Du Col de l’Aiguillette, une petite descente nous amène dans un petit vallon pour remonter à un col sur le crête du Chardonnet et à une belle pente pas encore tracée.

    La qualité de la trace a été au coeur de nos échanges et certains ont pris la tête du groupe.

    Au refuge, petit débriefing et préparation de l’itinéraire du lendemain.
    Avec Ivan et Jean Marc, deux guides experts et connectés j’en profite pour me familiariser avec Iphigénie.

    La montée un peu raide de Casse Blanche.

    La montée un peu raide de Casse Blanche. La valse des conversions !!!

    Véro au sommet.

    Véro au sommet.

    La descente classique de Casse Blanche, depuis Ricou. l'un des plus beaux itinéraires de la Clarée.

    La descente classique de Casse Blanche, depuis Ricou. l’un des plus beaux itinéraires de la Clarée.

    Le refuge de Laval et un clin d'oeil à Andrée et Riton !

    Le refuge de Laval et un clin d’oeil à Andrée et Riton !

    On rentre tranquilement à Ricou en fin d'après midi.

    On rentre tranquilement à Ricou en fin d’après midi.

    Lundi
    L’itinéraire prévu se proposait de traverser Casse Blanche pour descendre directement en Clarée. Mais les conditions nivologiques et météo sont très bonnes, le groupe est à l’aise et nous décidons de complexifier notre itinéraire en traversant, du sommet de Casse Blanche vers la combe du Lac Rouge. Nous sommes au coeur des Cerces…

    D’emblée, nous nous relayons pour la trace et le rythme, avec une consigne importante «favoriser la cohésion du groupe et rester ensemble».

    A la descente, quelques exercices ont pour objectif d’améliorer la technique de ski toutes neiges.
    Au Refuge de Laval et en terrasse, un échange sur le contenu «secours en avalanches» agrémente la bière.  Avec deux questions simples… «Que savez-vous des DVA ? Et que faut-il en retenir prioritairement ?»
    La remontée vers le Refuge de Ricou est une belle fin de journée.

    Ides et Véro conduisent la descente vers le refuge.

    Sur les balcons de la Clarée...

    Sur les balcons de la Clarée…

    Avec une vue superbe du Vallon du Chardonnet.

    Avec une vue superbe du Vallon du Chardonnet.

    Un plan carto plutôt compliqué pour se positionner avec précision.

    Un plan carto plutôt compliqué pour se positionner avec précision.

    Une belle descente à la clefs, d'un sommet sans nom !

    Une belle descente à la clefs, d’un sommet sans nom !

    La douce ambiance de la Vallée Étroite.

    La douce ambiance de la Vallée Étroite.

    Une étape studieuse...

    Une étape studieuse…

    Mardi… toujours grand beau.

    Sur une proposition d’Ides, nous avons choisi de nous écarter des itinéraires classiques et très tracés et j’ai complexifié le tracé en voulant traverser le Col de l’Etroit du Vallon pour trouver un terrain plus complexe à la montée. Nous avons même plusieurs options pour le 1er sommet.
    La première partie est un beau terrain pour utiliser la carte, valider notre position avec Iphigénie et surtout faire notre propre trace. Nous utiliserons les couteaux pour une partie plus raide, toujours pour progresser un peu.

    Je conduirais la descente un peu complexe qui nécessitera des espacements et une bonne gestion des déplacements.

    Dans le vallon du Vallon, nous reconsidérons la suite de l’itinéraire. Changement de programme, nous optons pour un passage plus simple.

    Ides prend la trace jusqu’au Col du Vallon, puis Didier et Magali conduisent la descente jusqu’à la croix de la Vallée Etroite.

    La descente à Re Magi sera expéditive… et le repas pantagruélique.

    Un départ un peu matinal pour une grande étape.

    Un départ un peu matinal pour une grande étape.

    Et le sommet déjà dans le brouillard.

    Et le sommet déjà dans le brouillard.

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    Un lieu surprenant pour se préparer à affronter l'enfer...

    Un lieu surprenant pour se préparer à affronter l’enfer…

    Mercredi. 

    Au programme, un gros dénivelé pour le sommet du Mont Thabor. Objectif, optimiser notre déplacement et le rythme pour arriver encore en forme au sommet.
    La météo est plus instable et nous oblige à envisager des plans B.
    Vers midi, tout va bien… nous voici au sommet.

    Mais la situation change rapidement, nous sommes dans le brouillard. A la Chapelle, j’organise le groupe pour une épreuve qui s’annonce compliquée avec une visi à moins de 5 m. Le capitaine reprend la barre jusqu’au Drayère !

    Tout fonctionne bien jusqu’au abord du Col de Valmeinier, mais je suis déconcentré en trouvant un bâton et des traces à pieds bizarres. Il s’est passé quelque chose de pas cool, il y a peu. Grâce à Iphigénie et avec un peu de temps, je vais me recaler, mais le temps se dégrade et les conditions se durcissent. Et bien plus tard, nous sortons enfin du brouillard à proximité du refuge. OUF…

    Bien au chaud, nous évoquons nos émotions, nos états mentaux, et ce sentiment diffus de fragilité. Une question posée par Didier reste en suspend. Etait-il possible d’éviter cette épreuve dans le mauvais temps (qui s’est heureusement bien passée) ? Et à quel moment la question clef du choix de la descente et de sa conduite aurait-elle pu être posée ?

    A droite ou à gauche ?

    A droite ou à gauche ?

    Un clin d'oeil pour Ides...

    Un clin d’oeil pour Ides…

    La clef du passage en conditions nivilogiques compliqués.

    La clef du passage en conditions nivilogiques compliqués.

    Jeudi… Un retour à la maison en pente douce.

    Je propose le Col de la Ponsonnière pour que chacun, sans stress, puisse prendre en charge l’itinéraire.

    Les Dames, Magali, Bénédicte, s’occupent du premier col, Ides et Didier du deuxième et je prends la descente.

    La terrasse de Sonia au col du Lautaret nous tend les bras pour quelques pâtisseries bien méritées. La boucle est bouclée et, avec l’ensemble du groupe, je suis particulièrement comblé de se «faire ensemble» prometteur de belles expériences humaines.

    En guise de conclusion

    Jamais je n’avais posé au coeur de notre fonctionnement cette notion d’un projet construit ensemble, pour que le séjour soit réellement co-construit par l’ensemble des participants.

    • Est-ce à cause d’un début d’hiver dramatique avec une situation nivologique préoccupante… ?
    • De la lecture d’articles ou de livres mettant en avant la notion de facteurs humains dans la prise de décision…?
    • De l’envie de vivre encore mieux, avec plus de conscience, de professionnalisme mon métier de guide avec des compagnons de voyage responsabilisés.
      … surtout après une expérience de gardien de refuge au Chardonnet décapante !
    • Ou plus simplement, la suite d’un processus dans lequel je suis impliqué depuis longtemps et qui s’est construit en Himalaya grâce aux séjours exploratoires et aléatoires de longue durée.

    Ce qui restera c’est le souhait d’aller encore plus loin, de poser des mots justes sur cette manière de faire et d’envisager mon métier de guide.

    «Faire ensemble».

    Un concept complexe et un peu difficile à éclairer.
    Il exprime un profond changement dans ma manière de concevoir une course, un séjour d’initiation ou un raid à ski. C’est une mutation de ma posture de guide de haute montagne pour devenir aussi «chef de projet». En plus des fonctions classiques d’un guide de haute montagne, je suis garant de la définition et du fonctionnement du projet, de la réalisation des objectifs généraux validés ensemble, d’un contenu de formation motivant et bien sûr de la sécurité de l’ensemble du groupe et du plaisir à être ensemble, pour vivre une belle tranche de vie en montagne.

    Concrètement, tous les participants du groupe sont impliqués dans le déroulement de la journée (de la préparation jusqu’au bilan) à hauteur de leurs compétences, envies ou disponibilités de l’instant, et toutes les taches sont partagées à tour de rôle, avec l’objectif que chacun augmente ses compétences, à son rythme et sans contrainte.

    Tout le monde participe à la réussite de la journée, à ce déplacement choisi et préparé d’un point A à un point B, durant lequel beaucoup de choses peuvent se produire et évoluer.

    Et cela est possible dès les premières sorties à ski de rando, pour moi dans tous les séjours « premières traces au pays de la Meije ».

    L’image traditionnelle du guide «qui va devant» est bien trop caricaturale et ne correspond plus à cette démarche.
    Car, il peut être devant ou derrière, parfois à côté, très présent ou plus discret, bref à l’endroit le plus juste à un moment donné. Le groupe peut aussi se diviser pour expérimenter deux choix différents.

    Une réponse à la problématique de prise de décision en situations avalancheuses complexes.
    C’est l’un des aspects qui me préoccupe le plus.
    Car il ne suffit pas de dire que les facteurs humains sont au coeur des processus de prise de décision, encore faut-il que la dynamique, le fonctionnement du groupe soit construit sur la participation réelle de tous. Pour cela, il faut que le leader descende de son piédestal, qu’il soit guide, encadrant bénévole ou leader d’un groupe d’amis. Car la situation est identique pour tous ces groupes.
    Comme le dit si bien Didier (pilote de chasse): «Plus le leader est expert, plus il a les défauts de l’expert».

    Vers des prestations co-réalisées.
    C’est certainement une piste nouvelle pour envisager différemment les produits d’un «tourisme d’aventure». Peut être avons nous été trop loin, sous le coup de la Loi de 93 sur le tourisme, par la pression des agences et de la société, en formatant ainsi nos activités de montagne, avec un programme au jour le jour, qui transforme un raid à ski en un produit de consommation avec des prestations.

    Prendre de la distance avec l’itinéraire à réaliser.
    C’est porter plus d’attention à nos manières de faire, à nos émotions, à nos besoins et ne pas se satisfaire uniquement de la performance projetée ou réalisée.

    Il y a aussi cette pensée bouddhiste qui relie le but et le chemin d’une même attention.

    Et pour ne pas conclure, le plus difficile reste de vivre tout cela, ensemble, avec légèreté et naturel.
    Surtout pour notre plus grand bonheur…


    Welcome onboard et sur des skis.
    L’hiver 2016 se termine il est temps pour moi de me perdre dans cet Orient Himalayen qui me comble.

    A l’hiver prochain
    pour de nouvelle aventures, de nouvelles expérience partagées.

    Paulo_un 3 avril sous la pluie à La Grave

    Les toits pleurent sous le vent du sud
    qui souffle en tempête
    Et nos rêves de Tour de La Meije s’effilochent
    au gré du vent

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    1. Guy Loyrion
      Publié dans 3 avril 2016 le 21:15

      Trop fort Paulo ! Voilà que tu formules explicitement des principes, que peut-être tu ne pratiquais pas systématiquement ni consciemment mais… depuis le temps que je te connais (et que je ne te vois plus travailler…) pour moi, Paulo Grobel ça a toujours été ça : un passeur de savoir, un accompagnateur de projet… Vas-y, continue comme ça.
      Amicalement,
      Guy