Le ski sur glacier

Le ski sur glacier, petit topo technique Grobélien…

Au printemps, la plupart des raids à ski se déroulent sur glaciers, des glaciers plus ou moins crevassés. Et d’emblée en évoquant ces glaciers, on pense crevasses, secours et moufflages.
Pourtant, je crois que la réalité est toute autre…
Le ski sur glacier est avant tout source de plaisir.
Pour en profiter pleinement, pas la peine de se prendre la tête avec des techniques complexes et des moufflages sophistiqués. Il s’agit avant tout de planter le décor, expliquer que le ski sur glacier n’est pas compliqué, si l’on respecte quelques précautions simples.

1 er message
Faire la différence entre le printemps et l’été !

  • L’été sur un glacier on s’encorde systématiquement.
  • Au printemps, sur ce même glacier à ski on ne s’encorde pas (sauf rares exceptions que nous aborderons plus tard).

Le ski sur glacier

2 ème message
Il existe plusieurs types de glacier lors de la pratique du ski de montagne au printemps.

  • Les glaciers débonnaires, qui n’ont de glacier que le nom.
    Dans la réalité se sont de grands champs de neige (par exemple le glacier de l’Etendard). Ils ne nécessitent ni matériel, ni compétence particulière (à part de bien les reconnaître). Et ils représentent moins de 10 % des situations rencontrées.
  • Les glaciers classiques sont les plus nombreux (80 %).
    Ils sont très adaptés pour la pratique du ski avec des zones de crevasses et de séracs bien identifiées que l’on contourne aisément, ou au pire avec de grandes crevasses bien visibles entre lesquelles il est possible de louvoyer. On y ski sans être encordé mais ils nécessitent un comportement et un matériel adapté, avec bien sûr les compétences associées.
  • Les glaciers complexes sont relativement peu nombreux et ils sont surtout peu fréquentés (10%).
    Il s’agit généralement de franchir une zone très crevassée ou une chute de séracs. On y ski avec précaution et, par bonnes conditions sans être encordé, mais aussi, assez rapidement, avec une corde.

3 ème message
Un glacier classique se transforme en un glacier complexe dès que les conditions deviennent défavorables.
Il est alors nécessaire de skier encordé, à la montée et à la descente.

Ces conditions défavorables sont bien identifiées.

  • En début d’hiver quand les ponts de neige ne sont pas encore consolidés.
  • En l’absence de visibilité. C’est la situation la plus courante lors d’un raid à ski, quand le brouillard ou la tempête s’invite durant l’étape.
  • Quand la température est vraiment très élevée et a ramolli exagérément le manteau neigeux et fragilisé les ponts de neige..
  • Si une petite chute de neige ou le vent à recouvert un court passage crevassé.

4ème message
Pour skier sur un glacier classique ou complexe, tout le monde porte un baudrier avec un équipement minima.

Celui-ci se limite à :

  • Une longe de sécurité, qu’il s’agira de mousquetonner sur le haut de la veste ou du sac (une sangle est peut-être préférable car multi-usage).
  • Une broche à glace avec un mousqueton simple, pour pouvoir se sécuriser dans le fond de la crevasse lors d’une chute (une broche de longueur moyenne est suffisante, mais de bonne qualité).
  • Un mousqueton à vis (si possible mono directionnel) sur le pontet, pour pouvoir s’encorder facilement si nécessaire.

5 ème message
Tout le matériel qui concerne un secours en crevasse fait partie d’un équipement collectif.

Il se doit d’être en deux exemplaires (pour être certain d’en avoir au moins un à la surface).
Il y a la corde et un kit de sécurité… Et donc toujours 2 cordes et 2 kits de sécurité !

Pour la corde :
30 m semble être une bonne longueur. Elle permet de s’encorder à deux ou à trois. Une nouvelle corde chez Petzl, La Rad Line, ultra légère, révolutionne nos pratiques.

Un kit de sécurité se limite à :

  • 2 auto bloquants mécaniques (Tibloc ou Ropeman)
  • 2 poulies
  • Avec les mousquetons associés.
  • (et une sangle avec un mousqueton à vis si les skieurs sont équipés de longe en corde).
  • Ou encore mieux.. Une poulie auto bloquante, la Micro Traction de Petzl, remplace avantageusement 1 poulie et un auto bloquant.

6 ème message
Comme le matériel, les compétences minimales pour sortir quelqu’un d’une crevasse se doivent d’autre partagées.

Un expert (amateur ou pro) qui est le seul à tout savoir se retrouve bien démuni, sans corde, au fond du trou !

Il est donc indispensable que ces compétences soient enseignées à l’ensemble du groupe, et cela ne demande pas énormément de temps ou d’effort.

7 ème message
Sur un glacier, à ski, un petit groupe de 2 ou 3 personnes est particulièrement fragile en cas de chute de l’un des skieurs dans une crevasse.

Choisir de skier à 2 (ou à 3) nécessite plus de compétences pour TOUS les participants et aussi plus d’entrainement pour être conscient de la réalité et de l’augmentation de la complexité du secours.
Malgré le plaisir de l’intimité d’un petit groupe, il est largement préférable de skier en groupe d’au moins 4 personnes, surtout si les conditions ou le terrain sont un peu complexe.

Ski sur glacier, la partie secours.

Que ce passe-t-il dans la réalité ?
Voici un scénario possible…

Un groupe de 6 skieurs descendent un glacier classique par bonnes conditions et neige douce.

  • L’un des skieurs tombe dans une crevasse.
  • Heureusement, le groupe s’en aperçoit et s’arrête immédiatement.
  • Le groupe se rapproche à proximité du trou ouvert lors de la chute (à environ 8 m de distance, pas trop loin ni trop prêt).
  • Un ancrage en T est mis en place.
  • Une personnes encordée et assurée sur cet ancrage s’approche du trou pour entrer en contact avec le chuté.

Ouf, ce n’est pas trop grave. La personne n’est pas blessée, elle c’est arrêtée à 5 ou 6 m sous la surface sur un pont de neige suspendu et a réussi à se vacher avec sa longe de sécurité et sa broche. Elle a même enlevé et accroché ses skis et mis ses crampons.

Il s’agit maintenant de la ressortir avec efficacité !

  • Première étape : Toujours encordé et assuré, avec un pelle, il faut aménager le mieux possible le bord de la crevasse en cassant/creusant la lèvre. Puis y installer un sac à dos (directement vaché avec un piolet) pour éviter que la corde ne s’enfonce dans la lèvre restante.
  • Une fois la lèvre aménagée, il faut envoyer une corde au chuté pour remonter son sac et ses skis.
  • Pendant ce temps, un mouffle simple est préparé (la corde avec un mousqueton et une poulie), puis lancé à la personne dans la crevasse, après avoir installé l’anti retour sur l’ancrage (idéalement une Minitraction de PETZL).

Il ne reste plus qu’à tirer !

Le poids a été divisé par deux et les frottements limités.
Eventuellement, il est plus facile de faire des poignées sur la corde pour tirer tous ensemble.

Petit récapitulatif des connaissances misent en oeuvre.

  • Savoir faire un ancrage en T
  • Savoir s’encorder avec une boucle en 8 sur un mousqueton à vis.
  • Savoir installer un 1/2 cabestans et l’utiliser dans les deux sens pour l’assurance.
  • Savoir installer un souffle simple avec un anti retour.

ET C’EST TOUT !


Le ski sur glacier à deux ?

Si malgré tout vous voulez absolument skier à deux sur glacier (et je comprends que c’est super…).
Il vous faudra 2 cordes et 2 kits de sécurité… Et un peu plus de compétences.

1 er message
Il est utopique de croire qu’une personne est capable de ressortir quelqu’un d’une crevasse avec un moulage sophistiqué, sauf aux prix d’efforts importants mais surtout avec des connaissances solides et de bonnes conditions.

2ème message
Il est donc pertinent de penser le secours sur la base d’un auto-sauvetage.

  • Le chuté remonte seul sur la corde qui lui été envoyer (après l’avoir débarrassé de son sac et de ses skis). S’il a mis ses crampons, c’est parfois plus simple.
  • Le scénario de prise de contact et d’aménagement de la lèvre est identique. Sauf que la personne à la surface doit assurer seul sa sécurité en s’approchant du bord du trou (et si possible ne pas y tomber à son tour !).
  • Forcément cela demande plus de temps, mais aussi un entrainement préalable de l’un et de l’autre et si possible en situation réelle. En mettant en oeuvre l’ensemble des étapes du scénario.

Et un dernier message
La probabilité d’une chute en crevasse à ski sur un glacier classique est particulièrement faible.

Mais ce risque est bien réel et nécessite simplement de bien comprendre le contexte et de s’imprégner de tout ce qui a été expliqué dans cette page.

Elle servira de support lors de tous mes prochains raids glaciaires et nous l’améliorerons au fil du temps.
C’est également un manière de mieux « faire ensemble » lors de ces prochaines randonnées.


A l’année prochaine.

Paulo_le 10 Avril 2017 à la fin d’un hiver très intéressant sur les skis.
Le départ pour l’Himlung est pour bientôt.

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4 réflexions sur “Le ski sur glacier”

  1. Bravo..tout est dit..surtout pour ce qui concerne un mouflage seul en « surface »avec un compagnon pendu au bout d’une grande longueur en crevasse…

  2. paulo.grobel@orange.fr

    Un commentaire de Frédéric… qui était de ce we particulier
    3 remarques:
    – je pensai que pour les 10% de glacier complexe, on s’encordait systématiquement, mais ton texte laisse supposer que l’on peut ne pas sortir la corde, ce qui me parait un peu ambigu par rapport au 80% de glaciers normaux. Je laisserai cette différenciation. Le glacier est complexe ou la situation rend le glacier normal, complexe = encordement.
    – Je mettrai un schéma du moufle simple, car dans les manuels ou apprentissage, on apprend toujours des mouflages compliqués et il vaut mieux le visualiser.
    – faut il rajouter comment rajouter un mouflage sur un moufle simple, ce qui est relativement facile à mettre en oeuvre…. ou le garder pour l’expérience sur le terrain sans rajouter de complexité?

    Bonne journée à tous

    Frédéric

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