• Le Refuge du Pelvoux, par le Pas la Rosse.

    En ce début d’été, j’ai vécu l’une de mes plus belles journées en montagne.
    Pas sur un sommet prestigieux ou plus discret, ni dans une voie particulière qui me tient à coeur.
    NON… Simplement en parcourant un ancien sentier quasiment oublié, Le Pas La Rosse, dans l’une des vallées les plus touristiques des Ecrins, la Vallouise.
    En cette fin de semaine consacrée à la vallée du Sélé, en descendant du Refuge du Pelvoux, nous sommes passer par le Pas la Rosse pour rejoindre Ailefroide.

    Le Refuge du Pelvoux

    Le Pas La Rosse

    Avez-vous déjà entendu parler de ce passage ancestral ?

    Il s’agit d’un itinéraire d’accès aux gros blocs ayant servi d’abri sous roche aux alpages de Soureillan, sous la face Sud du Petit Pelvoux. C’était anciennement la voie d’accès au Pelvoux, celle qu’a utilisé le Capitaine Adrien Durand lors de la première ascension avec les chasseurs de chamois de la vallée, en 1828.
    Anciennement et jusqu’en 1923, les transhumants de Provence utilisaient l’Alpage de Soureillan pour leur troupeaux en passant par le seul passage possible, le Pas la Rosse.

    Une Rosse est un « mauvais » cheval, ou une mule rétive. En effet, le passage était particulièrement difficile et le berger pour faciliter la traversée d’une dalle polie devait étendre sa cape sur le rocher devant la mule pour lui éviter de glisser.

    Plus tard, le premier Refuge de Provence sera construit un peu plus haut, au Clot de l’Homme à 2704 m, en 1877 par le Club Alpin Français. Ce sera le premier refuge de la vallée, remplacé en 1891 par le Refuge Lemercier, construit pour la première fois entièrement en bois. Puis, par l’actuel Refuge du Pelvoux, en maçonnerie de pierres.

    Le Pas La Rosse

    Le panneau du refuge au départ du sentier.

    Tout le monde connait la montée à ce refuge par un sentier particulièrement bien tracé.
    Mais qu’en est-il de l’ancien itinéraire ?

    En 2016, lors d’une discussion au Refuge de l’Aigle, tranquillement installé dans le coin lecture en retour de course, nous avons évoqué avec Dominique Stumpert (guide en Vallouise) l’histoire mouvementée du Valle Loysia : la persécution des Vaudois et les lieux de mémoire comme la Balme Chapelue ou les itinéraires utilisés par les anciens (chasseurs, bergers ou guides).
    Il s’agissait pour moi de choisir un itinéraire original pour un livre en préparation sur la randonnée alpine aux éditions Glénat. Puis, comme par hasard (?), en cette première semaine de juillet 2017, je retrouve Dominique au Refuge du Pelvoux et il m’explique plus en détails l’itinéraire du Pas la Rosse.
    De temps en temps, il emmenait des clients par cet itinéraire pour monter au refuge du Pelvoux en une belle journée de montagne sauvage. Et des «queues de cochon» sont en place pour sécuriser un peu le passage de la dalle.

    Le Pas La Rosse

    Avec Claire, Jean-Paul et Damien, nous voici en route vers le Pas la Rosse.

    « Un gardien qui va sur le terrain est forcément un bon gardien ».

    Damien HAXAIRE, l’actuel gardien du Pelvoux, est aussi un personnage marquant, amoureux des lieux et attentif à la qualité de son accueil. C’est vraiment un plaisir de séjourner au refuge en sa compagnie.
    Il va nous accompagner toute la matinée pour descendre jusqu’aux Abris de Provence sur l’alpage de Soureillan, pour nous aider à décrypter l’itinéraire, avant de remonter à son refuge.
    Notre descente, partagée avec Claire et Jean-Paul, mes compagnons de cordée, d’abord par l’ancien sentier jusqu’à « la pancarte 35 mn » situé sur le nouveau sentier avant la traversée, puis jusqu’à Soureillan sera exceptionnelle. Nous échangeons à bâtons rompus sur la faune, la flore, l’histoire de l’alpinisme. De l’intérêt de valoriser un patrimoine culturel comme les sentiers et les refuges, mais aussi les passages ancestraux. Un peu comme Nicolas CHAUD l’ancien gardien du Pelvoux l’avait fait en initiant la rénovation du Refuge Lemercier avec Louis CHORINO et son équipe de compagnons du devoir, par le CAF de Briancon.
    Depuis Soureillan, avec Jean-Paul, non sans appréhension, il nous faudra nous engager seul vers le Pas la Rosse et trouver ces sacrés « queues de cochon ».
    Deux heures plus tard, véritablement comblés par cette randonnée très particulière…, nous serons à la buvette homonyme !
    La buvette du Pas La Rosse, une halte indispensable à Ailefroide chez André Buisson.

    « Voici une petite fleur très intéressante… »

    Le refuge du Pelvoux

    Sur l’ancien sentier du Refuge du Pelvoux. On devine au loin les grands replats de Soureillan avec les blocs des abris sous roche.

    Le Pas la Rosse. Pour qui ?

    Pour apprécier cette montée originale au Refuge du Pelvoux, il faut avant tout avoir envie de sortir des sentiers classiques et faire un effort supplémentaire.
    Il faut être en bonne forme physique, avoir le pied sûr pour évoluer hors sentier dans des passages exposés, maitriser l’utilisation de la corde et s’avoir s’orienter dans un environnement complexe.
    Il s’agit également d’être discret pour ne pas (trop) déranger la faune. De partir de bonne heure d’Ailefroide. Et d’éviter les période d’orages ou de pluie.

    Le Pas La Rosse

    Un itinéraire qui demande de vrais qualités de montagnard.

    Le Pas la Rosse, à la montée.

    Car c’est bien sûr dans ce sens que l’itinéraire est le plus simple à trouver, pour une journée longue et exigeante. Mais tellement belle et sauvage !

    Voici en photos, un début de topo de cet itinéraire.
    L’itinéraire débute au parking pour les refuges du Sélé et du Pelvoux.

    Le Pas La Rosse

    Un cairn discret mais suffisant

    Il s’agit de rejoindre le Plan des Durs par la petite sente utilisée par les grimpeurs pour l’accès aux voies d’escalade. Le départ est discret, à droite, environ 100 m avant la bifurcation pour Clapouse.

    Le Pas La Rosse

    Jusqu’ici le sentier est un peu raide mais facile à suivre.

    Le Pas La Rosse

    Le point de repère de cette rive gauche. Une partie plus sombre. Et les gros blocs dans la ravin. Il est relativement aisé de traverser juste au-dessus.

    Continuer à remonter le Vallon au-dessus en rive gauche jusqu’à buter sur une partie plus foncée des parois qui bordent le couloir. Traverser celui-ci à proximité de gros blocs.
    Sur l’autre rive, par des rochers un peu escarpés traverser en oblique vers la gauche puis revenir par une sente bien marquée à droite. jusqu’à l’endroit où elle s’arrête.

    le Pas La Rosse

    Le début des rochers un peu escarpés. Jean Paul va traverser le vallon, à la descente, au-dessus des gros blocs blancs.

     

    Le Pas La Rosse

    Une vue du vallon que vous venez de remonter. C’est certainement la partie la plus physique. Depuis la plateforme, on voit la sente bien marquée qui s’arrête sur les rochers.

    le Pas La Rosse

    Juste au-dessus, le départ de la traversée. Le gros bloc se trouve en bas à gauche.

    Il faut maintenant trouver la première queue de cochon et le début de la traversée.

    Monter environ 50 m en zigzaguant entre des petits ressauts jusqu’à une plateforme.
    Sur votre gauche un peu plus haut, un gros bloc détaché avec un mélèze à sa base est un bon point de repère.
    Monter à droite du bloc sur environ 20 m jusqu’à l’endroit ou les dalles deviennent plus raides. Le premier point d’assurage se trouve dans un renfoncement, un peu caché par un jeune mélèze.

    Le pas La Rosse

    Le court passage un peu exposé où la corde est vraiment utile. Il ne serait pas judicieux d’y installer des câbles car les queues de cochons en place permettent un assurage optimal.

    C’est le début de la traversée, d’environ 60/80 m d’abord horizontale puis en ascendance pour le dernier point. Ce n’est pas vraiment de l’escalade et vraiment plus de la randonnée.
    Le passage est un ensemble de dalles moutonnées encombrées de végétation, peu difficiles mais franchement exposées.

    Les points d’assurage sont donc les bienvenues !

    Le Pas La Rosse

    Un équipement discret et très utile. Il suffit de passer la corde à l’intérieur pour être assuré. Merci à l’équipeur…

     

    le Pas La Rosse

    Le passage plus étroit sous les mélèzes. La sente est maintenant bien marquée.

    On retrouve ensuite une sente bien marquée qui monte dans un terrain d’herbes et de mélèzes jusqu’à un passage plus étroit.
    Puis, sur une partie plus rocheuse continuer à monter jusqu’à un gros bloc pointu qui forme une petite brèche.
    Traverser cette brèche.
    Vous voici maintenant sous la barre rocheuse qui se trouve en dessous des alpages de Soureillan. Il faut longer cette barre jusqu’à rejoindre un petit replat avant un profond ravin. Une sente est encore un peu visible par endroit, avec quelques passages exposés.

    le Pas La Rosse

    Sous la barre, dans un cadre grandiose.

    le Pas La Rosse

    Et une petite sente est encore visible.

    le Pas La Rosse

    Par contre le terrain reste escarpé. Faut pas s’en mettre une… !

    le Pas La Rosse

    Juste avant d’arriver à Soureillan.

    Du replat, remonter directement une pente d’herbes et vous êtes arrivés aux gros bloc des Abris de Provence.
    Félicitations !!!

    le Pas La Rosse

    Un reposoir et sa flore caractéristique.

    Des murets sont encore visibles devant les blocs, ainsi que des enclos plus derrière.

    Le cadre est somptueux, juste en face de la Bosse de Clapouse et sous la muraille du Petit Pelvoux.

    le Pas La Rosse

    le Pas La Rosse

    Un bel alpage… Soureillan.

    le Pas La Rosse

    Le grand ravin qu’il vous faut traverser. Le passage est bien visible, juste sous une petite barre avec une vire herbeuse.

    Une vision unique du refuge.

    Le Pas La Rosse

    Et mes deux compères de voyage…

    Le Pas La Rosse

    Un vue plongeante sur les blocs et l’alpage. Depuis le haut d eta crête de Solleillas.

    Le Pas La Rosse

    En cherchant le meilleur passage…

    Le Pas La Rosse

    Le terrain est maintenant plus ouvert, avec deux ravins à traverser et des pentes plutôt raides mais sans difficulté.
    Le Refuge du Pelvoux est même visible, très haut sur la crête, en face de vous.
    Il faut d’abord traverser les grands replat herbeux de Soureillan, plutôt par le bas puis en suivant le haut du ravin.
    Une sente est parfois visible.
    Le ravin de Soureillan est impressionnant mais se traverse plutôt bien en repérant une petite barre et en traversant juste dessous pour déboucher sur la crête et les herbages de Soleillas.
    Remonter cette crête puis traverser horizontalement pour pouvoir remonter une passage un peu plus raide qui conduit à des pentes d’herbes et d’éboulis au-dessus des barres.
    Traverser ensuite en légère ascendance jusqu’à traverser un dernier petit ravin juste avant le sentier du refuge et la pancarte «35 mn».
    Une véritable autoroute !
    Le refuge n’est donc plus très loin en suivant ce sentier.

    Mais vous pouvez aussi continuer tout droit dans le vallon au-dessus de vous, en utilisant l’ancien itinéraire d’accès au refuge, avec encore des traces de sentier et une sorte de câble.

    Le refuge du pelvoux

    La combe de l’ancien sentier du refuge.

    le refuge du Pelvoux

    Quelques passages sur des dalles.

    Le refuge du Pelvoux

    Mais qui était équipé de câble, ou plutôt d’une barre de fer.

    Et pour continuer votre voyage dans le temps, je vous invite à dormir dans l’ancien refuge Lemercier qui a été transformé en musée d’altitude.
    Une expérience forcément marquante et une très belle initiative du CAF Briançon et du Parc des Ecrins.

    Le refuge Lemercier

    L’intérieur du vieux refuge Lemercier. Une initiative exemplaire.

    Damien HAXAIRE

    Un grand merci à toutes les personnes qui m’ont permit de parcourir cet itinéraire chargé d’histoire et d’une grande beauté.
    Je vous souhaite beaucoup de plaisir à votre tour et n’hésitez pas à laisser un commentaire en bas de la page.
    Votre avis m’intéresse !

    Faut-il promouvoir ce style d’itinéraire. Ou au contraire le garder secret… ?
    Qu’en pense le Parc ?
    Les guides de Vallouise ?
    Et plus largement les randonneurs-alpinistes ?

    Paulo, le 8 juillet 2017.
    Juste de retour de Vallouise

    Et les dernières infos du net.

    • Le blog du refuge du Pelvoux.
    • Et le site du Bureau des guides d’Ailefroide si vous hésitez à vous lancer dans cette aventure.

    Pour plus tard…

    Bien sûr, j’y retournerais !
    Déjà, l’itinéraire de l’année prochaine, pour une nouvelle semaine d’itinérance en Valorise en début d’été 2018, prend forme.
    Ce sera le sens inverse du programme du séjour de cet été 2017.
    Mais toujours entre randonnée et alpinisme…
    Nous débuterons bien-sûr par une montée au Refuge du Pelvoux par le Pas la Rosse en dormant à l’ancien Refuge Lemercier, pour un voyage dans le temps.  À la clef : les Cols Est et Ouest du Pelvoux, et peut-être l’Aiguille du Pelvoux.
    Puis, nous rejoindrons le refuge du Sélé tranquillement par les sentiers, pour le lendemain monter dans le vallon du Coup de Sabre pour une école de neige (et de progression) sur les névés, en passant à l’ancien refuge du Sélé. Le début de vires de l’Ailefroide Orientale est aussi un beau lieu d’apprentissage en terrain escarpé.
    Pour rejoindre le refuge des Bans, l’histoire se complique… Il faut traverser le Col du Sélé puis le Col de la Condamine. Le recul glaciaire a beaucoup modifié la descente du col qui était anciennement beaucoup utilisé par l’UCPA.
    Mais « ça devrait quand même le faire »… Sinon nous rentrerons tranquillement à Ailefroide par le Vallon du Sélé.
    Du Refuge des Bans, nous pourrons soit gravir le Pas des Aupillous ou traverser le Collet de Rascrouset pour descendre à Clapouse et au parking du départ.
    Et terminer ainsi une belle boucle dont il faut encore trouver le nom !

    Le Pas La Rosse


    Au-dessus d’Ailefroide,  un autre challenge attend les randonneurs-alpinistes un brin aventuriers ou explorateurs…
    Réaliser la liaison Pré de Madame Carle / Refuge du Pelvoux, par le Névé des Militaires, le Névé Pelissier, la traversée de la crête et du Vallon de Palavar pour redescendre à Soureillans.
    C’est un itinéraire très très exigeant, à ne surtout pas prendre à la légère et qui devrait plaire à Pascal Sombardier.
    Il était jadis utilisé par les chasseurs de chamois mais surtout par les guides de la Vallouise pour revenir au refuge du Pelvoux après une traversée et pour enchainer une autre course.

    Allez, chiche ! 
    On essaye pour l’année prochaine de documenter cette traversée improbable… ?

    Le Pas La Rosse

    C’est par là que ça se passe pour descendre sur Soureillan.

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    1. Levaillant
      Publié dans 20 juillet 2017 le 13:34

      Le Pas la Rosse, cela veut juste dire La Roche (de l’italien). Je me souviens que cet itinéraire était encore fréquenté dans les années 70. Loulou, le gardien des Bans, l’utilisait pour la chasse. Mais il était considéré comme dangereux, il y avait chaque été des accidents, c’est pourquoi il a été abandonné par le Parc.