Gyajikang 7074 m, « the Carlsberg Ridge »

C’est avec beaucoup de plaisir que je me plonge dans la rédaction de ce topo de la voie normale du Gyajikang, tellement l’aventure vécue et les émotions éprouvées et partagées avec mes compagnons de voyage et de cordée en cet automne 2013 ont été gratifiantes.

Je voudrais aussi souligner la qualité de cette ascension… une arête point trop difficile techniquement, présentant de très beaux passages en plein ciel.
Quelque chose de très rare en Himalaya et qui mérite d’être partagé.
Au fil des ans, comme de partout dans le monde, la fonte des glaciers a rendu cette voie d’ascension un peu plus complexe qu’à l’origine. Au point où j’ai eu du mal à reconnaître certains passages par rapport à notre 1ère ascension.
Ce n’est donc pas une ascension « facile », bien au contraire.
A la fois par la longueur de l’arête, par l’altitude et par son engagement. La descente sur le glacier versant Nord et donc la remontée au retour n’est pas a sous-estimer.
C’est donc un projet que je recommanderais plutôt à une petite équipe d’alpinistes, à l’aise dans un parcours d’arête, ayant l’expérience des grandes montagnes, autonome et motivée par la complexité d’un 7000 himalayen.
De plus, l’usage de cordes fixes peut être totalement évité (sauf, pour la descente à mi- parcours) ce qui favorise un parcours en technique alpine, et éventuellement en « Slow Expedition ».
L’équipement de l’ensemble de l’arête avec des cordes fixes est pour moi une hérésie et une faute de goût (en plus d’une sécurité illusoire), toujours en relation avec la longueur de l’arête, de la fiabilité des points d’ancrages et, au final de la qualité de l’aventure proposée.

La descente du glacier de Krung que nous avons inaugurée à l’automne 2013 est très intéressante et rapide, mais nécessite de vraiment s’engager.
Quelle aventure !
Qui sait comment va évoluer le front du glacier de sortie, même s’il devrait être possible de composer avec le terrain ?
Je vous souhaite un merveilleux voyage en altitude sur l’une des plus belles voies normales d’un 7000 du Népal avec autant de plaisir que j’en ai éprouvé, tant en 2013 qu’en 2007.
Paulo Grobel.
Derniers jours du mois de Décembre 2013, à Kathmandu…
La page initiale sur mon ancien site.

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Luc et Guy.
Depuis Kyang, le début du sentier qui descend vers la rivière.

La marche d’approche pour rejoindre le village de Phu.
Il est très simple et rapide de rejoindre actuellement Koto, l’entrée de la vallée pour Naar ou Phu, au début du tour des Annapurna.

Avec la route carrossable actuelle et les services de bus et de jeep, qui relie Besisahar à Chame et bientôt Manang, marcher depuis Bhulbhule ou Tal est pour moi une faute de goût, qui n’apporte pas grand chose au voyage. De plus, d’autres itinéraires existent pour rejoindre Meta, tellement plus intéressants. Voir le projet « Annapurna revisited »…
Depuis Kathmandu, deux jours suffisent: l’un pour le bus, l’autre pour la jeep.
Puis, il faut compter 3 jours pour Phu, avec deux demi-journées pour faciliter l’acclimatation.

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Phu, bien sûr… Avec, en arrière plan la vallée de Pangri et l’accès à notre camp de base. C’est aussi la vallée où est situé le nouveau camp de base de l’Himlung Himal.

De Phu au Camp de Base.

La montée de Phu au Camp de Base du Gyajikang est à la fois simple et rapide.
3 h suffisent, le sentier est bien tracé. Il est régulièrement utilisé par les trains de mules des expéditions et les locaux qui se rendent aux bergeries de Salde.
De Phu, traverser la première rivière ( la Layju Khola ) par un grand pont en bois, en aval du pont suspendu qui conduit au nouveau monastère. Rejoindre les chortens de la confluence et un petit pont qui permet de passer en rive gauche de la Phu Khola. Longer les derniers champs cultivés et traverser un hameau de bergeries (un chorten abrite un moulin à prière actionné par l’eau).
Prendre le vallon à droite entre la montagne et la moraine latérale du glacier de Pangri et le remonter jusqu’au camp de base. On croise le nouveau chenal de la micro centrale hydro électrique en construction, puis la bifurcation à gauche pour les bergeries de Pangri et l’ancien camp de base de l’Himlung Himal.
Notre sentier prend un peu d’altitude par un court passage raide pour déboucher dans un vallon suspendu. On dépasse les bergeries de Salde sur la gauche pour bientôt obliquer vers la droite et rejoindre un endroit plat avec le chorten du camp de base du Gyajikang (enclos). Torrent à proximité.
Le nouveau camp de base de l’Himlung Himal de Kari Kobler se situe environ trois quart d’heure en amont au bout du vallon morainique, à Gyarbu.

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Il y a de la place et de l’eau à portée de main. Le lieu est plutôt agréable et relativement peu fréquenté. Le point vert indique l’emplacement utilisé juste avant nous par l’expédition de Gilles Trousselier. Surprenant, car l’eau est plus difficile à trouver et le camp est à l’hombre l’après-midi. A éviter donc… La petite bosse au-dessus du point vert et à 4896 m, et c’est le point de départ de la croupe qui conduit au Camp de Base Avancé.

abc_1Beaucoup de neige en cet automne 2014.
Il faut comparer avec les photos du printemps 2007. Le point rouge marque l’emplacement idéal pour se protéger un peu du vent. Il est aussi plus plat avec, en saison « normale », un petit cours d’eau à proximité.

Dernières lueurs de l’après-midi au camp 1. Heureusement, nous avons réussi à nous mettre à l’abri du vent qui avait rendu nos deux premières nuits à l’ABC très difficiles à vivre.

Du Camp de Base, traverser le torrent et s’élever vers la petite bosse 4806 en aval et au-dessus du camp. C’est de début de la croupe qui conduit à l’arête Sud où se situe le camp de base avancé.
Suivre cette croupe jusqu’en haut, avec un petit replat intermédiaire. Le terrain est un peu raide avec des traces de sentiers, mais relativement facile. Avec de la neige, c’est presque plus simple.
L’arête principale est large, la suivre vers le haut puis traverser à droite vers de grands replats (ancien chorten) où se situe le Camp de Base Avancé. C’était notre camp de base en 2005. Il y a un petit ruisseau temporaire à proximité, en fonction de la saison.
C’est l’endroit le plus pertinent ( le seul un peu protégé du vent) et il n’est pas nécessaire d’aller plus haut.
Il devrait être possible de rejoindre cet endroit avec des mules en suivant l’arête principale directement depuis Phu. Mais, il faut réussir à convaincre un muletier de faire un premier essai. peut être en discutant avec le mari de Sonam Rinzi et en limitant les charges. Ce qui simplifierait beaucoup l’installation de ce camp.
A la descente, il est possible de descendre directement à Phu en suivant cette arête.

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Les terrasses GRIMBERGEN…
Un autre camp possible, mais moins accessible par les porteurs de vallée.
Par contre, le cadre est superbe, au pied d’une petite paroi de glace. La trace sur l’arête, en haut, est une variante plus directe mais aussi plus engagée.

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J’aime beaucoup cette image par l’ambiance qu’elle illustre.
Une cordée bien petite dans toute cette immensité himalayenne. Bien sûr, dans la réalité, la pente est moins pentue qu’elle ne semble.

Le Camp I…
Juste au pied de l’arête de neige, à la limite du glacier, c’est l’endroit idéal pour débuter l’ascension. Les tentes sont relativement abritées du vent et, pour les porteurs népalais, la distance avec le camp de base reste pertinente à la journée.
C’est donc le dernier camp accessible par des porteurs de vallée équipés normalement et le terrain est très simple.
Depuis le camp de base avancé, deux itinéraires sont possibles, à droite ou à gauche de la bosse xxxx m.
A priori il semble que beaucoup de groupes passent par la gauche. Mais cela dépend aussi de l’endroit exact où a été installé le Camp de Base Avancé.
Derrière la bosse, à un col, l’installation d’un camp intermédiaire est aussi possible, avec un trajet direct depuis le camp de base. Mais alors la répartition de l’effort n’est pas optimum, entre le camp de base et le camp suivant.
Après le petit col, la pente se redresse, mais c’est toujours un terrain sans glacier, qui ne nécessite pas d’équipement particulier. Le cheminement est même plutôt agréable dans de petits cailloux. Après une portion plus plate, l’emplacement du camp est facilement identifiable, au pied de l’arête.

Le Camp II…
Par une arête secondaire, rejoindre le 1er col sur l’arête. L’ascension démarre alors véritablement. Belle ambiance pour une arête peu difficile jusqu’à un petit sommet et un deuxième col.
L’arête devient plus effilée et très esthétique.
Pour éviter ce passage, il est possible de descendre en traversée environ 40 à 50 m en neige un peu raide pour rejoindre les grandes banquettes du versant Ouest, au pied d’un beau mur de glace.
Ce sont les «Grimbergen Terrasses» !
Par un parcours dans un terrain facile, ces terrasses permettent de rejoindre un petit col pour pouvoir continuer de nouveau sur l’arête (jonction avec la variante directe de l’arête).
Continuer sur l’arête, jusqu’à des pointements rocheux qu’il s’agit de contourner par la droite (Ouest) environ 150 à 200 m, avec une petite remontée finale à une épaule. Une pente de neige conduit à l’arête avec un petit col et une dernière partie plus aérienne jusqu’à la prochaine partie rocheuse qu’il faudra contourner par le versant Nord.
Malheureusement le rocher est très détritique et il est préférable de descendre à gauche dès la première brêche.
Skool Point !
Aucun équipement en corde fixe n’est nécessaire jusqu’à ce point ! Et la décision de continuer ou non, en fonction des conditions et de l’équipe se prends à cette endroit.
La descente se fait en rappel. Les ancrages sont en place (mais nécessitent d’être vérifiés et complétés), et il y aura peut être une corde en place de l’équipe précédente.
A l’automne 2013, nous avons laissé l’équipement de Gilles Trousselier en place, puisque nous ne sommes pas descendu par cet itinéraire.
Il est préférable de prévoir une vraie corde statique occidentale de bon diamètre (BEAL en 10 mn) plutôt qu’une corde à linge coréenne (même doublée !).
Soit environ 150 à 200 m à cause des traversées.
 Quelques pitons peuvent servir pour renforcer les relais..
Au pied des cordes fixes, il est très facile d’installer un camp sur un vrai replat, protégé du vent mais très vite à l’ombre l’après-midi.
Sinon, remonter une large croupe et prendre pied sur le glacier du versant Nord-Est. Très belle ambiance.
Ce fut notre camp en 2013, mais peu d’emplacement vraiment plat, ni très protégé du vent. L’ensoleillement plus généreux en fin d’après-midi est un avantage par rapport à l’emplacement précédent.
Il est aussi possible de remonter toute la pente pour installer un camp directement à l’arête sur un replat (près d’une grande crevasse).

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Un camp intermédiaire, qui nous permettra, deux jours plus tard, de descendre plus facilement vers Phu.

Le Camp III… et le Tuborg Peak.
C’est la partie d’arête la plus mouvementée de l’itinéraire avec de la distance et quelques montées et descentes. Le terrain devient aussi plus alpin, avec une arête en neige parfois un peu effilée et quelques petits passages en rocher (friable), tout en restant dans un niveau de difficulté très raisonnable. L‘altitude n’est pas encore très importante.
La distance à parcourir devrait aussi dissuader les grosses équipes à utiliser systématiquement des cordes fixes.
Rejoindre l’arête en légère ascendance vers le gauche, traverser une première bosse et descendre à un col. C’est aussi le départ de la descente sur le glacier de Krung, emplacement de camp possible en versant Ouest.
Monter au sommet du Carlsberg Hohe. Descendre facilement l’arête, un passage de rocher détritique, jusqu’à un col.
L’arête devient horizontale, d’abord en neige puis un premier passage rocheux (toujours aussi détritique), une arête en neige conduit à un col. L’arête se redresse et par deux ressauts en neige on atteint la base du « Gendarme des Quinquins ».
Une dernière pente de neige conduit relativement facilement (un peu de pente) au sommet du Tuborg Peak. C’est l’emplacement du camp III. A priori le dernier…

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J’aime beaucoup cette image de montagne et c’est ce que j’aime partager avec mes compagnos de cordée.
Rien de bien difficile.
Juste être au bon endroit et en bonne compagnie… By « faire means… »

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Vers le sommet…

Une descente différente… et originale.
Voici une descente sur le Glacier de Krung, en versant Ouest, vers Phu qui permet d’effectuer une boucle et qui évite surtout la remontée des cordes fixes posées pour descendre de Skool Point.
Ce fut une belle expérience, qui nous a demandé de véritablement nous engager.
Au final, nous avons trouvé sans trop de difficulté la porte de sortie du glacier. Et, par une longue journée, nous avons réussi à rejoindre Phu.
Par contre, il est (peut être difficile) d’envisager cet itinéraire à la montée car l’évolution du front du glacier risque de poser des problèmes d’accès dans quelque temps.

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Un camp intermédiaire dans la descente pour faire la jonction avec les porteurs d’altitude. Au fond, la combe de la descente.
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Un camp intermédiaire dans la descente pour faire la jonction avec les porteurs d’altitude. Au fond, la combe de la descente.

 

 

 

 

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