la commode de la nivologie

Les outils de la nivologie, et une commode pour
 mieux les ranger et les utiliser.

Le fil rouge de cette réflexion est de présenter la nivologie comme un ensemble structuré et systémique de connaissances, de démarches et d’outils que l’on peut organiser en cinq tiroirs pédagogiques : 

  • la gestion globale de l’activité, 
  • l’information, 
  • la communication, 
  • les aides à la décision
  • le débriefing.

Avant de plonger dans cet article, je vous propose une petite séance de rien… 

Juste trois respirations toutes tranquilles, puis fermer les yeux et souvenez-vous d’une de vos sorties en ski de randonnée, l’hiver passé. Celle que vous préférez et qui vous vient spontanément à l’esprit.

Avec une question…

Lors de cette sortie hivernale, quels sont les éléments (méthodes, outils ou démarches) que vous avez réellement utilisé pour la préparation ou sur le terrain ?

Vous pouvez prendre une feuille et un stylo si vous voulez…

Mais prenez le temps d’en faire une liste, mentalement par exemple…

Puis… Parmi les éléments que vous avez noté, pouvez-vous les classer par grandes familles ?

Super. C’est exactement ce que nous allons maintenant faire ensemble.

Trier, simplifier, classer pour pouvoir comparer. 

Mais, impossible de comparer une fourchette et un couteau. Par contre, on peut comparer plusieurs types de couteaux. Et choisir celui qui est le plus pertinent pour notre usage, aujourd’hui.

Tout va bien ? alors on peut y aller…

La métaphore d’une commode pour ranger tous les outils de la nivologie vise à rendre lisible leur diversité en montrant qu’ils s’inscrivent dans un continuum d’apprentissage : 

  • avoir des connaissances
  • choisir
  • observer, 
  • partager, 
  • décider, 
  • analyser. 

Elle permet aux pratiquants comme aux leaders et aux formateurs d’identifier clairement la fonction de chaque outil, de les comparer, et de comprendre comment ils se complètent dans la construction et le déroulement d’une sortie. 

Juste à côté, moins visible, une bibliothèque permet de déposer, de ranger et de rendre disponible les connaissances nécessaires pour mieux comprendre et utiliser les ressources de la commode.

La commode est la métaphore d’une boîte à outils mentale.

Chaque tiroir correspond à une famille d’outils.

  • Le rangement évoque la structuration du savoir.
  • L’ouverture d’un tiroir symbolise l’accès à une compétence.
  • Et l’ensemble traduit la continuité entre préparation, action et analyse.

La commode est un tout, dont tous les éléments sont en inter-relations, dans une logique systémique.

Faire un choix judicieux, pour simplifier, diminuer le nombre d’outils a été l’étape la plus compliquée de la rédaction de cet article et il est toujours possible de modifier, d’améliorer et de commenter cette proposition.

A chacun de choisir la manière d’organiser et de gérer une sortie hivernale, en choisissant et en combinant les outils présentés. Ces outils peuvent même être différents d’une sortie à l’autre.

la commode de la nivologie
Nous avons beaucoup travaillé sur cette métaphore de la commode. Et cette réflexion nous a permis de mieux comprendre la place de la démarche CSV dans le monde de la nivologie. En voici un exemple encore bien imparfait.
la commode de la nivologie

Gestion globale de l’activité

Ce premier tiroir rassemble les deux éléments qui vous permettront de structurer la pratique hivernale de la montagne : le 3×3 et la démarche CSV.

Ils offrent une vision d’ensemble, organisent la préparation et la sortie en elle-même et soutiennent la pédagogie mise en place dans l’activité.

Bien évidemment, choisir l’un ou l’autre, le 3×3 ou la CSV, n’est pas anodin et dépend directement de la représentation que l’on se fait de l’activité et donc de la posture du leader. C’est également un questionnement sur le style d’activité que l’on souhaite proposer et mettre en œuvre, ainsi que sur les interactions que ce choix provoque entre les contenus des différents tiroirs.

L’élément central représente la roue de Deming, également appelée PDCA dans le monde de l’entreprise. Elle exprime la transition entre les deux approches en suggérant que la CSV n’est qu’une évolution du 3×3. Mais c’est aussi beaucoup plus que cela : un véritable changement de paradigme. Certains diront, sous forme de boutade, une « rupture épistémologique ».

La CSV introduit :

  • le faire ensemble, l’implication des participants dans la sortie à toutes ses étapes, 
  • la nécessité du débriefing et de la capitalisation, directement issus de PDCA
  • l’utilisation de la représentation graphique pour soutenir la cognition, la mémorisation et le partage, une analyse co-construite de l’itinéraire. C’est aussi le monde de l’intelligence collective.
  • ainsi que le lead alterné comme condition pédagogique du learning by doing, l’apprentissage par l’action.

Dans un article dédié, nous étudierons séparément le 3×3 et la CSV, avant de les comparer autour de cette question volontairement provocatrice : le 3×3 est-il toujours pertinent ?

les outils d ela nivologie

Ce tiroir rassemble les principales sources d’information : les itinéraires, la cartographie et les informations sur les conditions nivo-météo. 

Organisées en compartiments et complétés par une boîte à outils de terrain, elles permettent au leader comme au groupe de construire une représentation des réalités cartographiques et des conditions susceptibles d’être rencontrées lors de la sortie envisagée.

Mais la « véritable » compétence consiste à relier ces informations entre elles, puis à les partager dans le groupe afin de construire une représentation commune de l’itinéraire et de son contexte. 

Un premier lien s’établit alors naturellement entre ce tiroir des sources d’information et celui de la gestion globale de l’activité.

la commode de la nivologie

Ce sont des sources d’information à la fois présent dans l’émergence du projet bien en amont de la sortie, généralement initié par le leader, puis utilisé pour la préparation concrète de l’itinéraire choisi. 

Ils deviennent de plus en plus dématérialisé et les réseaux sociaux prennent de plus en plus de place. Mais globalement, ces sources sont plutôt simples à utiliser car l’activité est avant tout de la randonnée (à ski), Pour l’activité ski-alpinisme, les informations sont parfois un peu plus complexes à rassembler car il s’agit de l’association de deux activités.

A noter, une utilisation particulière de Skitourenguru comme source d’information.

La boite Carto : pour comprendre l'itinéraire.

Carte papier, ordinateur et smartphone offrent différentes façons d’explorer un même territoire et de préparer un itinéraire.

Le croquis d’un « Gribouillon » complète cette démarche. En simplifiant la carte, il aide à comprendre, mémoriser et partager les éléments importants d’un parcours. Il devient un support précieux pour l’analyse nivologique.

La carte n’est pas seulement un outil technique. Elle peut également devenir un outil de co-construction d’une représentation partagée du terrain.

Choisir de partager (ou pas) ces informations cartographiques avec l’ensemble des participants traduit également un choix de gestion de l’activité. 

la commode de la nivologie

Lire, interpréter, Contextualiser.

Le tiroir Nivo est sans doute le plus simple par le nombre d’outils qu’il contient. Son élément central est le Bulletin d’Estimation du Risque d’Avalanche (BERA) de Météo-France. Les connaissances fondamentales en nivologie constituent un prérequis indispensable à sa lecture et à sa compréhension. À celui-ci s’ajoute Synthésis de Data-Avalanche, qui permet d’élargir le regard à l’ensemble des massifs français.

Mais la compétence essentielle ne consiste pas simplement à lire l’information. Elle réside dans la capacité à l’interpréter et à la décliner spatialement, de l’échelle du massif jusqu’à celle de la pente envisagée. Dans cette logique, EvalBERA constitue un outil de synthèse et de partage particulièrement utile, tandis que la fiche « Évaluer le danger local » du Winter Journal de DCMR exige une maîtrise plus approfondie des mécanismes nivologiques.

Enfin, comme pour les autres compartiments de la commode, le partage de cette compréhension avec l’ensemble des membres du groupe demeure fondamental. Car une décision réellement ouverte repose d’abord sur une représentation partagée du risque, construite collectivement à partir d’informations comprises par tous.

la commode de la nivologie
Quelques outils à mettre dans le sac à dos pour observer la neige de plus près, ou le terrain de plus loin... Sans oublier de quoi noter.

Pour votre sac à dos, d’autres outils…

  • Au parking, pour observer l’environnement, le vent, la neige, la température.
  • Avec une pelle pour plonger dans les couches de neige.
  • Et d’autres petits objets pour s’émerveiller des cristaux, peut être les reconnaitre.
  • Bref, partir à la chasse aux strates fragiles.. Sont-elles permanentes ou temporaires ?
  • Des tests, peut être ? Mais lequel  et pourquoi ?

Et surtout, ces observations confirment-elles notre préparation de la sortie, notre représentation des conditions ?

nivologie et CSV
Ouvrir ce tiroir c'est aborder le sujet du danger d'être enseveli dans une avalanche et de mourir lors d'une randonnée à ski ou en raquette. La prise en compte de ce danger et la notion de risque modifie l'ensemble de la sortie.

Le tiroir « aide à la décision »

Désolé… Ce tiroir ne contient pas d’outil miracle. 

MRG, Skitourenguru, Cristal et DCMR proposent chacun une façon différente d’aborder la prise de décision. Ce sont donc des outils qu’il est particulièrement intéressant d’étudier et de comparer.

On peut les utiliser séparément ou les combiner. Ou pas du tout !

Et n’oublions pas que le choix effectué dans le premier tiroir, celui de la gestion globale de l’activité, influencera forcément la manière dont ces outils seront mobilisés, comment ils seront partagés. En prenant également en compte le contexte du groupe et de la sortie envisagée.

nivologie et CSV
Et il y en a certainement d'autres...

Les check-lists

Les check-lists constituent une étape importante dans l’histoire des méthodes de gestion du risque. 

Elles ont permis de structurer les échanges et d’améliorer la qualité des décisions. 

Avec le temps, ces outils ont également évolué dans leurs mises en oeuvre.

Nivologie et RETEX
Nous voici presque à la fin de ce parcours. Et c'est aussi un moyen de revenir au début pour boucler la boucle...

Débriefing & capitalisation

APéRO, avec les rubriques Pépites et Râteau, structure le retour sur l’activité. 

La CSV propose, à travers le gribouillon, une analyse de la préparation et du déroulement de la sortie grâce à un support concret et visuel, axé sur le ressenti et les émotions. 

L’enjeu est d’installer une culture RETEX globale, avec le débriefing de chaque sortie comme routine indispensable.

Une sortie ne s’achève pas au retour à la voiture. C’est dans l’analyse partagée de ce qui a été vécu que l’expérience se transforme progressivement en apprentissage collectif.

ski de randonnée au Pays de la Meije
L'arrivée au col de la Pare et la vue qui s'ouvre sur La Meije...

Pour conclure…

La gestion du risque n’est pas une fin en soi…

Observer, comprendre, décider, partager et progresser permettent surtout de préserver l’essentiel : le plaisir d’explorer la montagne, de la vivre et de s’en émerveiller, ensemble. Avec le plus de sécurité possible.

Cette commode exprime un peu tout cela à la fois… Et je vous invite maintenant à approfondir chaque tiroir dans d’autres articles à venir. A bientôt.

Mais que pensez-vous de cette  commode, de cette métaphore du contenu de la nivologie ? Pourriez-vous prendre le temps de rédiger quelques unes de vos pensées et de les partager dans les commentaires, ci dessous.

Merci d’avance et au plaisir de continuer ce chemin  un peu surprenant.

Paulo G, juste avant un nouveau départ pour le Népal. Rendez-vous en début d’hiver, pour retrouver la neige.

1 réflexion sur “Les outils de la nivologie, et une commode pour
 mieux les ranger et les utiliser.”

  1. paulo.grobel@orange.fr

    Et déjà un commentaire de Dom…
    C’est rigolo cette idée de commode de rangement.
    Avantage : évidemment clarifier l’intérêt de chaque outil. C’est souvent nécessaire. On peut avoir du mal à différencier quel outil est utile pour quoi faire.
    Inconvénient : c’est le problème de toutes des démarches habituelles de séparation des contenus dans des cases. Démarche analytique qui oublie que si c’est une phase importante de clarification, on n’évoque pas la mise en correspondance éventuelle de ces contenus, les interactions diraient certains, entre les différentes cases (les tiroirs ici). Choisir un outil dans un tiroir peut modifier le choix fait dans un autre tiroir. Comment alors dans cette présentation remettre en évidence i(ci comme ailleurs) les dynamiques interactionnelles entre les différents tiroirs?

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