Pho Tarap

DHO, entre Bön et Bouddhisme

Notre prochain voyage au Dolpo, à l’automne 2018 se prépare doucement.
A la fois par de nouveaux itinéraires et un éclairage culturel et religieux….
Et un projet double.

Dho Tarap

Encore en travaux … !

à DHO
Ribo Bumpa, un exemple de cohabitation.

Les habitants du Dolpo suivent les rites de la religion bön ou bouddhiste tantrique.

La plupart des villages possèdent un temple appartenant à l’une ou l’autre des pratiques et leurs habitants sont majoritairement adeptes soit du bön soit du bouddhisme. Le village de Bhijer possède lui deux temples et les villageois se répartissent à égalité entre les deux cultes.

La région de Dho dans la vallée de la Tarap possède plusieurs temples.

  • La plupart sont d’obédience bouddhiste.
  • Une autre est bönpo : la gompa de Deden Phuntsok Ling (Dar rgyas phun tshogs gling) à Shipchok (Srib phyogs).
  • Une dernière : la gompa de Ribo Bumpa (Ri-bo bum-pa) enfin est tout à fait particulière puisque ses murs sont couverts de fresques relevant des deux croyances.

Le nom porté par la gompa fait référence à la bumpa, ou pumpa, qui est un vase rituel avec un bec verseur utilisé dans les rituels bouddhistes tibétains. Il est entendu, dans certains contextes, comme étant le vaisseau ou l’étendue de l’Univers.
C’est aussi l’un des huit symboles sacrés du bouddhisme tibétain.

Certains chörtens ont la forme d’un vase et sont alors parfois appelés  bumpas. Le design de la gompa de Ribo Bumpa  est inspiré d’un chörten de ce type construit à Samye au Tibet. Ces chörtens servaient souvent de reliquaire.

Ribo Bumpa est un monastère nyingmapa, situé au dessus de Dho, dont l’origine selon la légende remonte au Guru Rinpoche (Padmasambhava).

Celui-ci se serait rendu dans la vallée de la Tarap pour en chasser une démone. Il la tua, enseigna le bouddhisme à ses habitants et construisit le monastère ainsi que trois chörtens, érigés sur les lieux où reposent la tête et les membres de la démone vaincue par Padmasambhava. C’est à l’intérieur du grand chörten que le guru aurait scellé les restes de la démone. Ce chörten à base carrée en contient un autre de plus petite taille : entre les deux parois, un passage permettant la cirumambulation est orné de fresques.
Le temple, de grandes dimensions, a été reconstruit en 1955 et repeint par tous les religieux peintres de la communauté.

Ribo Bumpa  est le temple du village de Dho, à ce titre il a  servi de lieu de culte aux deux ordres nyingmapa et bönpo. IL garde les traces de cette double appartenance.  A droite en entrant les murs sont décorés de peintures bouddhistes, à gauche, de peintures bönpos.

A Dho, c’est l’appartenance à une « maison » qui détermine l’ordre religieux auquel on vient s’intégrer.
La maison avant d’être habitée est consacrée par un religieux, elle devient un sanctuaire de la divinité lha qui y réside : si le lha est bönpo, la famille sera bönpo.
La jeune femme qui quitte la maison de ses parents, adopte par son mariage la divinité de sa nouvelle maison. Lorsqu’il n’y a pas d’héritier mâle, c’est le gendre qui accepte la divinité de la maison dans laquelle il s’établit.

Il y a un respect mutuel des croyances et une connaissance réciproque des textes religieux.
Souvent le texte bönpo est semblable au texte nyingmapa, seuls les noms des divinités et leur description sont différents. Lorsqu’une cérémonie religieuse se déroule dans une maison, les religieux de l’ordre auquel appartient la famille y participent, mais y viennent aussi les religieux de l’autre ordre, s’ils sont parents. Il arrive que les lamas bönpo aident des religieux nyingmapa à interpréter le rituel.

Bönpos et bouddhistes participent ensemble, aux cérémonies religieuses kurim (sku-rim) pour protéger une maison, soigner les maladies etc.

Un incident relaté par Corneille Jest (Dolpo – Communautés de langue tibétaine au Népal – Cahiers népalais, éditions du CNRS),  jeta le trouble entre les deux groupes de religieux.

En 1940, des propriétaires de Doro Mankhang, les lamas Rinchen, Norbu et Pemba, tous trois de la lignée de la gompa bouddhiste de Nimaphu (à proximité de Dho) et héritiers de certaines terres du village de Lang (Klang), décidèrent que tous les champs de Lang leur appartenaient. Lama Nochung de Tabza, homme influent à Dho dont la mère était originaire de Lang manifesta son opposition à cette revendication. La querelle s’envenima et devint bientôt une querelle entre religieux bönpo et nyingmapa. Des réunions de conciliation au niveau de l’assemblée du village restant sans effet, on demanda l’arbitrage de Nyima Tsering à Nankhong. Il donna raison à lama Nochung donc aux bönpos. L’assemblée du village décida alors d’offrir, le dernier jour du 6è mois, une cérémonie pour se concilier les divinités bouddhistes et bönpos au temple de Ribo Bumpa. Les religieux des deux ordres s’y réunirent en présence du lama bönpo de Pugmo. Au cours de celle-ci,  un texte bönpo fût lu devant l’assemblée . Le lendemain de la cérémonie, il y eut une chute de grêle et la foudre tomba sur une maison. C’était évidemment un mauvais augure car, ce fait ne s’était jamais produit à Dho protégé par le chörten reliquaire de son temple ! Par divination faite par Kagar Rimpoche, un bouddhiste, on découvrit que les divinités bouddhistes avaient été offensées par la lecture du texte bönpo dans le temple de Ribo Bumpa. Il fut alors décidé que bouddhistes et bönpos offriraient dorénavant les cérémonies du dernier jour du sixième mois, les uns à Ribo Bumpa et les autres à Shipchok.

dho tara
A l’approche de Shipchok, le monastère Bönpo de Dho

Une autre histoire est racontée par Nagru Geshe Gelek Jinpa, un religieux bön,  dans son livre Bön in Nepal.

Selon ses dires, un rituel annuel : le Shenrab Nampar Gyalwa, dédié à Nampar Gyalwa (une forme de Tönpa Sherab)  se déroulait à Ribo Bumpa. Ce rituel élaboré était suivi par tous les villageois bönpos ou bouddhistes. Les premiers s’asseyant à droite et les autres à gauche, les prières étant récitées à tour de rôle  Le rituel durait plusieurs jours et pendant ce temps là les bönpos devaient s’abstenir de consommer de la viande, de l’ail, de l’oignon et de l’alcool. Comme il s’agissait d’un rituel bön, les bouddhistes n’étaient pas tenu de respecter ce vœu. Ceci entraîna des tensions et graduellement la tradition changea, bouddhistes et bönpos préférant assister à des rituels séparés.

La Kora de Dho

Dho Tarap
La Kora de Dho, une idée de trek ?
L’itinéraire de la a kora de Dho sur la carte topographique au 1/50 000.
Pho Tarap
Une Kora en forme de coeur.

Paulo_une dernière journée à Boudhanath
Le 8 Décembre 2017
et mettre en ligne un texte d’Etienne Principaud

Les sources de cette publication :

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1 réflexion sur “DHO, entre Bön et Bouddhisme”

  1. Merci pour ce bel article qui me fait revenir quelques années en arrière sur mon tour du Dolpo sur les traces de mon ami Corneille Jest et merci de faire référence à son travail sur cette magnifique région qui n’a jamais quitté ni son coeur ni son esprit

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